Céphalonie, le jardin d’Éden

Douceur automnale

En cette fin du mois d’octobre et alors que la plupart de nos amis d’Europe occidentale commencent à ressortir leurs vêtements d’hiver, nous profitons de la douceur du climat grec et décidons de séjourner sur la plus grande île de la mer ionienne : Céphalonie.

Nous embarquons sur un ferry depuis le petit port de Kyllini en direction de Poros. À notre arrivée, le ciel est nuageux, mais les températures plutôt clémentes. La plupart des restaurants et commerces sont fermés dans cette zone d’ordinaire touristique et nous devons nous résoudre à poursuivre notre route en direction de Lixouri, dans la péninsule de Paliki. C’est là, au domaine viticole Sklavos Wines, seul producteur en biodynamie de l’île, que nous avons convenu de camper et d’en apprendre davantage sur les spécificités viticoles insulaires.

Le domaine est situé de l’autre côté de l’île, dans le petit village de Agios Dimitrios (Saint Georges) que nous atteignons après 2 heures de route à travers des paysages à couper le souffle : plages de sable blanc et eaux turquoises, lagunes, forêts…

Nous sommes accueillis par Evagellia, l’œnologue de la maison, un peu surprise de nous voir débarquer avec tout notre attirail de motards. Une fois les présentations faites, elle nous indique un emplacement à l’abri des oliviers derrière le chai. Vignes, oliviers, chai flambant neuf, nous sommes bien tombés.

Une fois encore, nos amis les animaux sont présents partout dans l’île, surtout les chèvres et les chiens errants bien que la plupart d’entre eux aient été recueillis par Evriviadis Sklavos, le propriétaire du domaine qui en a adopté 11 au total !

Portrait d’un vigneron au grand cœur

Lorsque nous le rencontrons pour la première fois, « Vladis » comme on le surnomme ici, s’enquiert de notre confort. « Vous êtes bien installés ? Vous avez tout ce qu’il faut ? » Nous ne pouvions rêver mieux que son accueil, à l’image de celui que nous avons reçu partout depuis le début de notre périple en Grèce.

Le soir venu, il nous invite avec sa compagne dans un petit restaurant du village de Lixouri tout proche. Nous y découvrons les mets locaux avec ravissement : plusieurs espèces de poissons frits, la traditionnelle feta, la salade de tomates-concombre sans oublier les frites maison. Un régal ! Évidemment, en bon vigneron, il a aussi apporté quelques bouteilles qu’il s’empresse de nous faire découvrir. Là encore, nous sommes sous le charme. Cependant, l’heure n’est pas aux questions techniques que nous réservons pour la dégustation officielle du lendemain. Nous passons une fort agréable soirée. Vladis est profondément attaché à son île. Sa famille, qui y est établie depuis le XVe siècle, a planté les premières vignes à Paliki en 1919. Il nous précise que son grand-père possédait aussi des vignes à Odessa, en Ukraine. Nul doute qu’il lui a transmis son amour du métier. En 1996, Vladis acquiert ses premières vignes dans le village de Lixouri et décide d’adopter une conduite en biodynamie ; à ce jour, il possède 5 hectares en propre. Une partie de ses vignes est située à 850 m d’altitude sur le Mont Aenos (1628 m).

Un écosystème menacé

Orangers, citronniers, aloe vera, sapins noirs (essence dite Abies Cefalonica), fleurs sauvages, arbousiers… une végétation luxuriante qui nous rappelle indéniablement des parfums méditerranéens bien connus comme ceux de Corse ou de Sardaigne. Pourtant, la plupart des espèces végétales sont endémiques à l’île de Céphalonie. Lors de notre balade dans les vignes, Vladis nous montre une partie de cette flore incroyable qu’il connaît comme sa poche.

Tandis que nous sillonnons les routes de l’île, nous apercevons également de nombreuses espèces d’oiseaux notamment des échassiers. Le mont Aenos abrite aussi des faucons laniers, une espèce très rare, menacée d’extinction ainsi qu’un autre oiseau de proie, le circaète Jean-le-Blanc.

Comme nous l’avons constaté dans la plupart des lieux que nous avons visités, faune et flore sont menacées par le tourisme de masse. Durant les mois d’été, l’île de Céphalonie accueille pas moins de 20 000 touristes, soit presque l’équivalent de sa population.

Proche de la nature, notre vigneron connaît chaque petit arbuste ou plante aromatique de l’île et pratique depuis ses débuts une viticulture responsable et saine. Au détour d’une promenade dans ses différentes parcelles, Vladis tient à nous montrer l’un des trésors de sa famille : une somptueuse église de style baroque ainsi qu’un puit en pierre. Tous deux ont malheureusement été fortement endommagés par un récent tremblement de terre. Ces secousses, dont certaines peuvent être très puissantes, font hélas partie de la vie quotidienne des insulaires. Rappelons que Céphalonie est une île volcanique très montagneuse. Elle est connue pour ses gouffres notamment celui de Katavothrès, situé près de la capitale Argostolì.

Pour la petite histoire, nous avons-nous-mêmes ressenti une secousse importante (5.7) lors de notre séjour sur l’île. Le 30 octobre dernier, tandis que nous étions dans le bâtiment du chai, la terre s’est brusquement mise à trembler sous nos pieds, une sensation incroyable !

Si nous avons envie de vous faire découvrir l’île au travers de notre récit et de nos photos, nous tenons également à rappeler l’importance de la préservation de son écosystème.

Les vins du domaine

Nous avons eu la chance de déguster une dizaine de vins de la gamme. Du blanc sec au moelleux en passant par le rouge, nous avons été conquis par leur complexité et leurs arômes uniques. Les cépages de l’île sont majoritairement blancs dont le plus noble est le Robola. Autres variétés : le moscato, la moscatela, le roditis, le Goustolidi (Vostylidi) et le Tsaoussi. Un seul type de raisin rouge est présent, il s’agit du mavrodaphne (différent du cépage éponyme que l’on trouve dans le Péloponnèse).

La philosophie de Vladis : un respect total de la plante et du vivant, ce qui signifie le moins d’intervention et d’intrants possibles (taux de SO2 moyen total autour de 15-20 mg/l) et des vins non-filtrés.

Nos coups de cœur 

  • En blanc, le « Vino di Sasso 2017 » 100 % robola de Céphalonie (AOP) issue de vignes cultivées en franc de pied à 850 mètres d’altitude. Terroir calcaire. On retrouve des arômes de truffe blanche, de thé et d’herbes sèches. Fine amertume et belle minéralité avec des notes salines. Idéalement servi à 10-12° C, il accompagnera très bien les fruits de mer et autres viandes blanches.
  • En rouge, nous avons adoré « Orgion 2016 », cuvée biologique. Il s’agit d’un 100 % mavrodaphne (AOP mavrodaphne du vignoble de Lixouri). Arômes de fruits rouges mûrs. Il est préférable de le carafer le vin une heure avant le service. Ce type de cépage peut en effet donner au vin un aspect « fermé ».
  • Enfin, nous terminons cette dégustation aux multiples saveurs par un moelleux baptisé « Vin doux du soleil », issu du muscat de Céphalonie. Les raisins sont passerillés durant 10 jours, s’en suit une fermentation avec levures indigènes en barriques pendant 12 mois. Arômes de fruits exotiques.

Le saviez-vous ?

La cuvée « Vino di sasso » fut baptisée ainsi au Moyen-Âge par les Vénitiens en raison du terroir calcaire de l’île grâce auquel ils élaboraient des vins d’une grande minéralité, littéralement des « vins de rochers ».

 Contact  

Sclavos Zisimatos Winery

Agios Dimitrios

28200 Paliki

Tél. : +30 2671 092215

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